Samedi 26 novembre, 13h40, heure normale de l’Est

Je vole maintenant au-dessus de l’Amérique! Je n’ai jamais été aussi heureux à la seule pensée de survoler Terre-Neuve…  Ainsi, mon voyage s’achève dans quelques heures, après une escale de quelques heures à New York. Oh well, j’en profiterai pour faire du Facebook… ;)

Je me suis réveillé hier à Mahajanga à 5 heures du matin. Michou est venue me porter à l’aéroport, le vol partant à 7h00. Mettons que ma randonnée de taxi-brousse m’avait usé, et que j’ai préféré ne pas perdre une journée à refaire le chemin dans le sens contraire. Pour la petite histoire, j’étais à Tana à… 8h10… Une heure pour revenir, alors que ça m’en a pris onze pour y aller! En plus j’ai eu droit à un croissant et un peu de rembourrage pour mes fesses; le 200$ le mieux investi de tout mon voyage.

À mon arrivée à Tana, une grande surprise m’attendait : Kajä est venu me cherche en 504! La voiture mythique, dont Thémis nous avait tant parlé. S’asseoir dans la 504, c’est un peu comme s’asseoir dans  la DeLorean de Retour vers le futur, un morceau vivant d’histoire. Une voiture franchement décrépie, dont la vitre du passager ne s’ouvre pas, mais dont le capot est frappé du logo de CSF. Le berceau de l’histoire CSF, quoi!

Puisque nous avions rendez-vous avec la nouvelle cohorte de Tana  seulement à 14h00, j’en ai profité pour parler un peu avec Kajä de Mahajanga, et nous avons refait le tour de ce qu’il y avait à faire à Tana après mon départ. Il m’a aussi indiqué qu’il avait fait l’inventaire dans la cuisine et qu’il manquait du matériel; la cuisine est en effet utilisée par le CDA pour d’autres formations ainsi que pour leurs besoins personnels. Kajä m’a indiqué qu’il allait s’occuper de négocier avec le CDA l’achat de nouveau matériel, surtout que ce n’était pas prévu dans le budget révisé que l’on m’a présenté en début de semaine. Faudra faire le suivi là-dessus.

Avant le dîner, Kajä m’a guidé à travers les dédales du marché de Tana. J’ai acheté plein de souvenirs, et je suis aussi passé chercher quelques bouteilles de rhum Mangoustan, pour les amateurs… Le marché de Tana est d’ailleurs relativement bien organisé et entretenu, et on y trouve de très beaux objets d’artisanat malgache. J’y emmènerai un jour ma bien-aimée, elle va adorer!

En après-midi, mon dernier meeting! J’ai finalement rencontré la 9e cohorte CSF!!! Ouf, on en aura fait du chemin depuis la première cohorte en 2006 : 2 formations à Mahajanga (2006 et 2007); 2 formations au Bénin (2010 et 2011); 2 formations à Montréal (toutes deux en 2010) et trois formations à Tana (2008, 2009 et 2011). En plus, nous avons organisé 2 cuisines d’urgence : à Tana au début de la crise politique (2009) et à Haïti au lendemain du séisme (2010).

14 des 16 étudiants étaient présents, et j’en ai profité pour leur parler un peu de notre historique et du rôle qu’ils auraient désormais à jouer à titre de « Cuisiniers sans Frontières ». Je les ai finalement félicités pour leur sélection et leur ai souhaité bonne chance pour le reste. C’était touchant d’inaugurer une nouvelle cohorte après avoir visité les finissants au Bénin et les anciens de Mahajanga. J’ai aimé voir dans leurs yeux tout l’espoir qu’on leur apportait, et tout le rêve qu’ils peuvent désormais entretenir. On leur a parlé de petit Héry, et je leur ai même parlé de mon propre cheminement, de plongeur à cuisinier à avocat. Pas que ça soit un parcours auquel ils doivent nécessairement aspirer, mais plutôt un exemple d’où peut nous porter la cuisine. Je leur souhaite sincèrement la meilleure des chances, et espère que ce petit coup de pouce pourra au moins les sortir d’Antohatapenaka, où à tout le moins d’en faire un endroit un peu plus humain et vivable.

Nous avons fini l’après-midi avec Héry et Héry autour d’une bière, puis moi et Kajä avons rejoint Rija et les membres du CDA pour aller manger des brochettes de bosse de zébu en périphérie de Tana. Dans les termes de Kajä, c’est « du gras et des nerfs »; pas fameux pour le cholestérol, mais moi je suis vendu! Je pense qu’on devra même importer du zébu à Montréal!

Puisqu’il nous restait quelques heures avant que je quitte, nous avons convergé vers le karaoké où, quelle surprise!, un groupe local de Tana interprétait Hélène de Roch Voisine.  Décidément, il me poursuit! Kajä, qui était lui-même chantait dans un groupe dans sa jeunesse, ne s’est pas fait prier pour monter sur scène et interpréter quelques chansons malgaches. Sous la pression, je l’ai suivi et j’ai offert une prestation pour le moins laborieuse d’une chanson de Francis Cabrel. Don't quit your day job, comme ils disent... ;) Une dernière soirée inoubliable dans la Grande île, avec Kajä avec qui j’ai eu beaucoup de plaisir tout au long de mon séjour à Madagascar. Kajä m'a d'ailleurs raccompagné avec la 504 jusqu'à l'aéroport, où nous nous sommes promis de se revoir soit à Mada ou à Montréal.

C’est donc la tête remplie de souvenirs mais surtout avec le sentiment d’avoir accompli la mission fixée au départ que j’ai quitté l’Afrique dans la nuit de hier. Les discussions que j’ai eues avec tous les responsables de nos écoles ont permis de clarifier les rôles, responsabilités et tâches de chacun. J’espère avoir pu communiquer avec tout le monde sur le terrain tout l’enthousiasme que j’ai ressenti en visitant les écoles! Vraiment, je suis extrêmement fier de voir à quel point nos collaborateurs à Madagascar et au Bénin sont dévoués et prêts à se sacrifier pour la mission de CSF. Cuisiniers sans Frontières est chanceux de pouvoir compter sur de telles personnes!

C’est aussi ici que je termine l’écriture de ce blogue. J’espère que vous aurez aimé partager un peu de ce voyage avec moi et que j’aurai pu vous montrer un peu ce que nous faisons en Afrique. J’ai écrit ce blogue le plus sincèrement du monde, tout en évitant l’auto-censure, afin de vous montrer ce qui se passe dans nos écoles de la façon la plus authentique possible. Ce blogue était en quelque sorte un constat de nos activités et de nos projets à venir, près de 6 ans après la première formation à Mahajanga.  

Je tiens à remercier tous les gens que j’ai rencontrés pendant mon voyage, mais particulièrement Daniel, Cyrille, Kajä et Michou. Vous êtes des personnes exceptionnelles et ça a été un honneur pour moi de vous côtoyer ces deux dernières semaines.

Finalement, je dédie ce blogue au prophète lui-même, Thémis, qui a utilisé son charisme exceptionnel et sa passion pour la cuisine pour permettre à des jeunes de retrouver la dignité et le droit de rêver. J’ai vu ces jeunes et la lumière dans leurs yeux en disait long sur ce que leur courte formation en cuisine signifiait pour eux. Sincèrement, je me fais leur porte-parole pour te remercier de tout ce que tu as fait. Ils en sont infiniment reconnaissants.

À tout le monde, n’hésitez pas à revenir sur notre site internet pour d’autres nouvelles! Nous vous tiendrons au courant des développements et continuerons de publier des nouvelles de nos écoles. Vous pouvez aussi les suivre en direct et leur envoyer vos commentaires sur Facebook, où chaque filiale a maintenant sa page. Et si le cœur vous en dit, n’hésitez pas à contribuer par l’intermédiaire de Canadon, dont le lien se trouve directement sur la page d’accueil.

Merci à tous et à bientôt!

 
 
 
 
 
Mahajanga 11/26/2011
 
Vendredi 25 novembre 2011 – 6h49

Je suis arrivé à Mahajanga à 21h00, où Michou et son mari m’attendaient impatiemment. Quelle ville superbe! Mahajanga est une ville très touristique située directement sur le canal de Mozambique. Il y fait en général très chaud, et j’ai eu la chance d’arriver en pleine saison des mangues! D’ailleurs, un manguier, ça peut être grand en titi! Lorsqu’elles sont mûres, les mangues se décrochent de l’arbre et viennent s’écraser sur la chaussée. J’ai failli être tué au moins dix fois en deux jours. Mais bon, quelles mangues! Je tente le tout pour le tout, et essaierai d’en ramener au moins une à ma bien-aimée. Elle va capoter. Au pire, j’offrirai un peu de bonheur au douanier à Pierre-Elliott-Trudeau.

Michou m’a fait faire le tour de Mahajanga où j’ai pu voir le bord de la mer ainsi que le baobab géant des amoureux, un des symboles de la ville. Michou m’a dit que si on en fait le tour 7 fois, c’est certain qu’on va revenir. Paraît que René-Yves l’a fait à la course! Après notre ballade, nous sommes allés manger dans un espèce de diner où on sert des milkshakes, de la pizza et des plats malgaches. Toujours surréaliste de trouver un tel truc dans les confins de l’Océan Indien. J’ai aussi pu y faire connaissance avec l’une des plaies du tiers-monde : les touristes sexuels. Partout à Mahanjanga se promènent de vieux conards occidentaux, en moyenne dans la fin cinquantaine, avec des filles malgaches qui ont rarement l’âge de leurs propres filles. Ils trimbalent les filles comme des hommes des cavernes, manifestement fiers de leurs prises. Ils se tiennent toujours ensemble, dans les mêmes restos et les mêmes bars, et célèbrent leur virilité en exhibant leurs bédaines bien grasses. Ici, pour 50 touristes, il doit bien y avoir 45 hommes. Michou m’a confié que certains touristes venaient à Mahajanga tourner des vidéos pornos, souvent à l’insu des filles concernées. Du grand art; celui d’exploiter la misère des autres.

Sur une note beaqucoup plus positive, je suis parti hier déjeuner avec Michou puis nous nous sommes rendus voir Alinah, qui travaille depuis la fin de sa formation en 2006 au Piscine Hôtel. Cuisiniers sans Frontières avait à l’époque défrayé les coûts d’une opération médicale pour qu’Alinah puisse retrouver la vue, elle qui ne voyait presque rien. L’opération a valu le coup : Alinah n’a jamais cessé de travailler depuis et son patron nous a répété plusieurs fois qu’elle était une de ses meilleures employées! Ce sont des histoires comme ça qui me motivent! Si les étudiants peuvent  repayer une partie de leur formation, je trouve qu’il s’agit là de la meilleure façon! Par la suite, nous sommes allés voir une autre étudiante, Far, qui elle aussi travaille encore depuis la fin de sa formation dans un petit resto- bar, et manifestement elle s’en sort très bien.

Avant le dîner, j’ai pu rencontrer la directrice de l’École des métiers du tourisme et de l’hôtellerie (EMTH) avec qui j’ai échangé un peu sur l’avenir de nos formations à Mahajanga. Premier constat, elle ne déborde pas d’enthousiasme! Le pire, c’est que Michou m’a dit par la suite qu’elle l’avait trouvée particulièrement ouverte, si on compare à ses discussions avec Thémis. Ouf…  Mais bon, elle m’a surtout expliquée que l’idée de payer les étudiants pendant leur formation (nous leur donnons 1$ CAD par jour) les rendaient dépendants, et que beaucoup d’entre eux venaient ensuite à l’école dans le seul but d’obtenir de l’argent. Elle était particulièrement effarouchée du fait qu’une ONG allemande soit débarquée à Mahajanga et offre maintenant des formations payées à plus de 500 étudiants. Il semble que l’ONG en question ne fasse pas grand suivi et qu’ils payent les étudiants même s’ils ne se présentent pas à l’école…  Michou semblait d’accord sur le fond et nous avons convenu de revoir la forme des indemnisations, afin de s’assurer que nos étudiants suivent les formations avec la motivation requise.

Après le dîner, nous avons rencontré une dizaine d’anciens étudiants qui m’ont parlé de ce qu’ils étaient devenus depuis leurs formations en 2006 et 2007. Il faut dire que Michou m’avait déjà parlé et elle a exprimé plusieurs soucis quant au manque d’enthousiasme qu’affichent les anciens. Elle m’a dit que plusieurs se plaignent de ne pas trouver de boulot alors même qu’ils refusent ce qu’elle leur trouve, prétextant soit ne pas vouloir déménager ailleurs qu’à Mahajanga ou encore n’y restant que quelques jours. Évidemment, ceux qui sont venus me voir jeudi n’étaient pas de ceux-là; sur les 10 qui étaient là, seulement Marcel cherchait du boulot.

J’ai donc remis un peu les pendules à l’heure avec tout le monde et leur ai expliqué que cinq ans après leur formation, Michou était encore là pour leur offrir de l’aide et que nous leur avions beaucoup donné jusqu’à présent. Puisqu’il n’y aura pas de formation à Mahajanga avant au moins l’automne, j’ai convenu avec eux que Michou continueraient à travailler pour eux. Toutefois, terminées les vacances : s’ils n’acceptent pas les jobs que Michou trouvent, et s’ils ne donnent plus de nouvelles, Michou cessera simplement de faire le suivi. Avec les prochaines formations, Michou aura certainement d’autres chats à fouetter et n’aura plus le temps de courir après eux.

Je leur ai aussi rappelé qu’en tant qu’étudiants de nos deux premières formations, ils étaient en quelque sorte les ambassadeurs de CSF. C’est eux que l’on voit dans le film de Philippe Lavalette, Chef Thémis, cuisinier sans frontières, et je leur ai rappelé qu’ils étaient maintenant des stars internationales connues dans le monde entier (j’en ai mis un peu, mais à peine!).  Sans en avoir nécessairement la responsabilité, ils ont inspiré plusieurs personnes et leurs histoire nous servent aujourd’hui non seulement au financement de CSF mais aussi pour inspirer les nouvelles cohortes. Je crois qu’ils ont bien compris mon intervention, et Michou avait l’air ravie d’avoir un peu de support.

En fin d’après-midi, nous sommes allés voir un hôtelier de Mahajanga (au Tropicana) qui semblait avoir eu des problèmes avec nos étudiants et qui ne les avaient pas gardés. On a longuement parlé de resserrer la sélection des prochains étudiants mais j’ai tout de même perçu un certain manque de la part même des employeurs que j’ai rencontré tout au long de mon voyage. Ceux-ci ouvrent des restaurants et des hôtels aux standards européens et s’attendent à ce que les écoles d’hôtellerie nationales leur fournissent une main d’œuvre qualifiée aussitôt sortie de l’école. Toutefois, les étudiants malgaches ou béninois n’ont pour la plupart jamais été en contact avec ce type d’institutions ; ils ne savent donc tout simplement pas comment ça fonctionne. Par exemple, on demande aux nouveaux diplômés de connaître des recettes de sauce bordelaise ou de cuire des filets mignons, alors qu’ils n’en ont jamais vu de leur vie! À mon avis, c’est aux patrons de les former pour ce qu’ils veulent et de leur montrer les recettes et les techniques nécessaires. Comment un jeune béninois qui n’a mangé seulement que de l’igname pilée dans sa vie peut-il savoir comment parer un carré d’agneau comme ils le font en France? Je comprends qu’ils doivent connaître la base, mais les patrons sont plus que sévères et se plaignent de l’incompétence des recrues. À mon avis, les patrons doivent prendre leurs responsabilités et offrir eux aussi des compléments de formation, et surtout en assumer les coûts et les désagréments. Mais la question que je me pose est celle-ci : pourquoi un restaurant de Mahajanga sert-il de l’agneau sauce bordelaise en premier lieu? Qui va à Madagascar pour ça? En plus, si on prend en compte que plusieurs hôteliers et restaurateurs de Mahajanga sont des retraités européens venus passer leurs vieux jours au soleil, et qu’il y en a pas mal qui ne connaissaient pas grand chose à la restauration avant de s’établir ici, on peut seulement comprendre les problèmes de main d’œuvre que peut connaître l’industrie.

Après une petite « saucette » dans le canal du Mozambique, j’ai terminé la soirée avec Michou et sa famille tout près du baobab des amoureux sur le bord de mer à manger des brochettes de zébu. Une autre soirée géniale, mais qui m’annonçait doucement que mon voyage tire à sa fin… 

Demain, dernière journée; je rentre à
 tana et rencontre la toute dernière cihorte qui commence en formation lundi!
 
Photos de Tana 11/24/2011
 
 
 
Jeudi 24 novembre 2011 – 00h14

Quel début de semaine! Et Tana qui est éternellement engorgée, il y a trop de voitures là-bas! J’ai bien tenté de me connecter à internet plus tôt, mais avec le trafic, je finis toujours par arriver à la fermeture des cybers. Il me reste donc quelques minutes pour voir à mon Facebook, et puis hop!, on me fout à la porte.

Hier, Kajä est passé me chercher à 9h00 puis nous nous sommes rendus au CDA où Rija, le directeur, nous y attendait. Je l’avais déjà rencontré l’an passé à Montréal, et il était pas mal content de ma visite. Dangereusement en forme! Il m’a fait faire une visite de tout le centre, puis ensuite j’ai pu visiter une partie du quartier desservi par le CDA.

Tout d’abord, le quartier. Andohatapenaka est un véritable « slum » situé à côté d’une des deux grandes rivières qui coulent dans la capitale. Le quartier est situé en bas du niveau des eaux; même s’il est protégé par une digue, construite au temps des pharaons, il arrive de temps à autre que le quartier se voie submergée par l’eau. Et croyez-moi, après la pluie qui s’est abattue hier soir sur la ville, le quartier doit baigner dans la flotte assez souvent. L’état a bâti un canal pour aider à évacuer l’eau, mais le canal lui-même déborde quand il pleut trop fort. Rija nous a indiqué qu’avant 1950, il était strictement interdit de s’y construire, puisqu’il n’y avait là à l’époque qu’un grand marais. Depuis 50 ans toutefois, le développement du quartier s,est fait de façon illégale et totalement anarchique : plus de 70 000 personnes y vivent maintenant dans les pires conditions qu’il m’ait été donné de voir.

Évidemment, le problème ici, c’est l’eau! Une eau « dégeu » qui inonde la place régulièrement. Une place où les déchets sont rois, où tout est sale. Notre promenade, d’une vingtaine de minutes, nous a permis de constater l’odeur infecte qui y plane, une odeur de déchets en décomposition et de veille pourriture. Intense.

Le CDA a donc été construit pour venir en aide à cette population de miséreux, venus pour la plupart des campagnes mais n’ayant pas trouvé mieux où se loger. Le CDA donne donc beaucoup de formation professionnelle (ébénisterie, coiffure, mécanique), s’occupe de la scolarisation d’environ 800 élèves, possède une petite garderie, et offre même des services juridiques, de la formation civique et gère des programmes de micro-crédit. Le CDA est un ressource clé dans le secteur; il y a même une petite clinique médicale qui offre des services de consultation.

Comme vous vous en rendez compte, j’ai été enchanté de ma visite du CDA. Un îlot de fraicheur dans ce lieu infecte! Et puisque c’était bien sûr le but de mon voyage, on m’a fait visiter le local de formation de CSF. C’est toujours une vive émotion de se retrouver là, après tous les efforts que l’on met è Montréal pour trouver le financement. Voir de ses yeux le projet fini, le local avec toutes ses casseroles et ses instruments de cuisine, c’est tellement cool! J’ai pris beaucoup de photos pour les ramener mais aussi pour les envoyer au Bénin. J’ai d’ailleurs fait la même chose avec Kajä et lui ai montré la cuisine à Glazoué. Il a pris des notes!

J’ai remarqué que la cuisine était pas mal plus grande que notre local béninois, expliquant d’ailleurs la possibilité ici de prendre 16 étudiants à la fois, chose qui serait impossible à Glazoué. Toutefois, ça m’a marqué : seulement 2 éléments au gaz, et pas de four. À Glazoué, pour 2 fois moins d’étudiants, ils ont 6 éléments en plus du four. Faudra examiner ça de plus près de retour à la maison.

Au local, j’ai aussi rencontré nos trois formateurs, Grand Hery, Petit Hery et Lailana (phonétique? ;)). Bien content de rencontrer en personne Petit Hery, notre superstar tout juste rentré de France!

Nous avons par la suite moi et Kajä pris part à une rencontre avec le CDA, pendant laquelle nous avons réitéré nos vœux de mariage. Notre collaboration avec le CDA a depuis le début été un grand succès;  notre taux de placement y est très bon, dû en partie au fait que le CDA possède de très solide ressources pour faire une sélection serrée des candidats. Ils les connaissent, connaissent leur milieu, et leur font faire des « entrevues de motivation » systématiques. Même si ce n’est pas l’objectif de CSF de faire de tous les étudiants des chefs cuisiniers, nous sommes très heureux de voir nos formations servir à leur plein potentiel. Après tout, ceux qui réussissent par la suite à se dénicher un emploi vont pouvoir directement subvenir aux besoins de leur famille et pourront peut-être s’extirper de la misère. C’est ce que nous souhaitons en tout cas!

En fin de rencontre, j’en ai profité pour expliquer aux membres du CDA le mandat que j’ai confié à Kajä de constituer une association indépendante pour gérer l’ensemble de nos formations à Madagascar.  Rija a très bien accueilli la nouvelle, et en a profité pour m’indiquer que Kajä allait bénéficier d’un bureau neuf au centre. Kajä semblait bien content! Note à moi-même : le CDA loue des chambres pas trop cher (20$ par nuit). Au cas où j’oublierais la clé chez Thémis!

Après un dîner beaucoup trop copieux, moi et Kajä sommes allés au jardin zoologique de Tana voir quelques lémuriens, volatiles et autres lézards. C’était pas mal, et très bien situé en ville, tout près des lettres de l’enseigne « Antananarivo » calquées sur celles d’Hollywood.

Nous avons pris ensuite près de trois heures revenir à la maison dans le trafic et le déluge. En l’instant d’une demi-heure, les rues escarpées sont devenues des torrents, et j’ai même pensé que la Peugeot 204 de Kajä allait être emportée. Va lui falloir un 4X4 à lui aussi, sa voiture a fait la guerre…

J’ai fini la soirée chez le frère de Thémis, qui n’a presque rien en commun avec lui; à mon avis il est beaucoup plus beau! ;) Il m’a parlé de ses entreprises en France et à Madagascar, et plus particulièrement de ses plantations de vanille. Il m’a même donné une botte de vanille : c’est ma bien-aimée qui va être contente! Et bien entendu, je ramènerai sa part au chef…

Ce matin, j’ai quitté Tana à 10h00 et suis arrivé à Mahajanga à 21h00. Onze heures de taxi-brousse, qui se traduit ici par un minivan 15 places rempli à capacité. J’ai tellement mal aux fesses à l’heure actuelle que je ne pense pas être capable de m’asseoir demain… Chose certaine, je reviens en avion!

 Ah oui, preuve que le monde est vraiment petit : le chauffeur écoutait du Roch Voisine et du Justin Bieber sur la route; je suis même pris avec « Never say never » dans la tête!

À tout le moins, j’ai pu profiter des paysages sublimes de l’île et de ses hauts plateaux; des collines dénudées à perte de vue, et de petits villages ruraux clairsemés sur la route. On remarque d’ailleurs très bien la grande différence dans les conditions de vie urbaines et rurales ici. La campagne malgache, c’est les années 1850! Peu de villages ont l’électricité, les gamins jouent sur le bord de la route et il y a des zébus partout. L’Afrique, donc, comme on se l‘imagine!

Je vous en reparle plus tard de mon arrivée à Mahajanga e de Michou! I smile, you smile

P.S. Il y a maintenant Hélène qui joue dans la radio du cyber. C'est pas des farces, il est hot le Roch!

 
 
Lundi 21 novembre 2011 – 20h09

Je suis arrivé 2 heures en retard à Antananarivo (Tana pour les intimes), gracieuseté d’une pluie de mousson sévissant à Nairobi. Il était donc près de 3 heures du matin lorsque mon vol a atterri en sol malgache. Fidèle au poste, Kajä m’attendait à l’aéroport; décidément, il en aura eu pour son argent à attendre mon arrivée cette dernière semaine!

Kajä m’a conduit dans la maison familiale de Thémis, où je coucherai cette semaine. Woah, une belle maison! Seule déception, la grande villa est presque vide, n’étant habitée que par la nièce de Thémis vivant au rez-de-chaussée. Je n’ai pas trop eu le temps de lui parler, et la nièce en question me semble bien discrète! Tout de même, ça me donnera l’occasion de me concentrer sur CSF-Madagascar, vu d’ailleurs le peu de temps que je passerai ici.

Ce matin, Kajä est passé me chercher et nous avons eu une discussion très instructive sur notre école ici. La sélection est terminée et les cours commencent lundi prochain. Une excellente nouvelle : un des formateurs qui a été retenu a lui-même été un de nos étudiants ici à Tana! Après son passage avec nous, il a même reçu une bourse pour étudier en France. On est hot!

Comme je l’ai dit précédemment, nos formations à Tana sont données en collaboration avec le CDA, soit le centre de développement d’Antohatapenaka. Ce centre situé dans un quartier pauvre de la capitale sert une clientèle démunie, quartier où nous puisons d’ailleurs l’ensemble de nos étudiants. Aux dires mêmes de Kajä, ces jeunes vivent dans une pauvreté hallucinante, même quand on les compare au reste des habitants de Tana. J’ai bien l’impression que ça va être un choc.

Comme je l’avais prédit, aucune organisation n’est en place ici pour s’occuper exclusivement de nos formations et de nos intérêts. Le CDA nous sert plutôt de fiduciaire pour gérer les fonds, que nous déposons directement dans leur compte bancaire. Le CDA dispose depuis longtemps d’une solide réputation, ayant d’ailleurs été fondé par un québécois, le père Jacques Couture. Celui-là même qui était jadis ministre pour le PQ de René Lévesque.

Notre association avec le CDA se résume à ceci : le CDA fournit les locaux pour la formation et s’occupe de leur entretien; ils nous aident à choisir les étudiants; ils gèrent conjointement les fonds déposés dans le compte. Pour notre part, par l’intermédiaire de Kajä, nous choisissons le formateur, gérons conjointement les fonds, et dispensons la formation. Tous les frais de formation sont à notre charge. Kajä m’a fait remarquer que cette association posait parfois problème, puisque les sorties de fonds sont plus ou moins contrôlées par le CDA; conséquemment, Kajä peine parfois à retirer les fonds nécessaires en temps utile, vu que le CDA exige beaucoup de formalité en ce sens. Lors de la formation en cuisine d’urgence que nous avons donnée en 2009, tout de suite après le coup d’état militaire, le problème semblait particulièrement aigu, et notre formateur canadien Jacques Gouillard semble en avoir bavé. Mais bon, ceux qui connaissent Jacques ne seront pas trop surpris… ;)

Comme je l’ai expliqué à Kajä, je crois que l’avenue idéale serait de former une association indépendante comme celle que j’ai pu voir au Bénin, avec son propre conseil d’administration et son propre compte bancaire. Pour une raison un peu floue, il semble que l’idée ait toujours été présente mais que rien n’a été fait en ce sens. J’ai donc officiellement mandaté Kajä de s’en charger, et il m’a indiqué être en mesure de faire ça rapidement.

Pour l’aider un peu, je lui ai promis que je m’occuperais  de mettre en ligne une page Facebook CSF-Madagascar, qu’il pourra mettre à jour à sa guise et sur laquelle il pourra mettre en ligne des nouvelles et des photos des opérations sur le terrain. C’est d’ailleurs chose faite, je suis passé au cyber (un café internet sans café) et j’ai mis en ligne une version beta de la page. Ne restera qu’à la renflouer au cours des prochains mois. Kajä m’a dit posséder une connexion internet fiable; reste à voir les résultats! Je suis d’avis que même ce geste simple facilitera la compréhension de la structure de CSF « international » et à bien cristalliser l’indépendance de nos filiales.

J’en arrive ici à un commentaire éditorial sur la pauvreté qui sévit ici, ainsi que celle que j’ai pu voir au Kenya et au Bénin. Depuis le début de mon voyage, je suis fasciné non pas par la pauvreté que je côtoie, mais plutôt par la richesse qu’on exhibe partout en Afrique. Toutes les villes que j’ai visitées, exception faite de Glazoué, débordent de 4X4 et de Mercedes neuves. Ce soir, je suis allé acheter de la bière dans un supermarché aussi grand qu’un Loblaws. Hier, j’ai mangé du saumon fumé dans un hôtel  5 étoiles. Le palais présidentiel à Cotonou est encore plus  grand que la Maison-Blanche, malgré que le PIB du Bénin doive être de un millionième de celui des États-Unis. Les terres béninoises sont incroyablement fertiles; mon oncle Yvon aurait rêvé de telles terres dans son patelin à Ham-Nord! Tout ce que j’ai vu ici est à des années-lumière de Vision mondiale et des fameuses images de famine éthiopienne.

Ainsi, la pauvreté en Afrique n’a rien à voir avec le manque de richesse. C’est le plutôt le manque de redistribution qui pose problème. Il est donc évident qu’à mon sens les élites des pays en voie de développement devront tôt ou tard eux-mêmes s’attaquer à la pauvreté qui rongent leur pays. Je propose d’organiser des soupers spaghettis ici en Afrique; on ferait la piassse!

Mais revenons à Tana! Cette ville magnifique au cœur de laquelle on trouve de grandes rizières est dispersée sur plusieurs collines escarpées. Ça donne un charme exotique à l’endroit! Ça m’a fait vaguement penser à San Francisco, le tramway en moins. Les rues sont étroites et bordées de belles maisons à 2 étages disposant à peu près toutes d’une véranda  au deuxième.  Il y a un trafic fou, exacerbé par l’étroitesse des rues. Je le dis aujourd’hui officiellement : Tana est une des trois plus belles villes que j’ai visitées dans ma vie. La ville est difficile à décrire, sinon qu’elle est… malgache!

Kajä m’a emmené manger cet après-midi dans un resto bien sympathique, où nous avons mangé des plats typiquement locaux : porc aux feuilles de manioc, porc aux haricots et viande de… zébu! Franchement, le zébu, c’est pas mal bon; un peu plus gras que le bœuf, avec un p’tit goût particulier et bien agréable! Le porc au manioc aussi : je devrai demander la recette à Thémis à mon retour.

Je suis revenu à la maison en après-midi faire une sieste, après avoir convenu d’un horaire de la semaine avec Kajä mais surtout après avoir parlé à Michou qui m’attend mercredi à Mahajanga. J’ai bien hâte de la revoir! En soirée, je suis sorti faire quelques courses et j’ai passé une heure au cyber. Et je termine maintenant cette entrée au blogue en savourant du rhum local « Magoustan » et en écoutant « La balade des Dalton » sur un vieux VHS. Décidément, la vie est trop bonne avec moi.

Demain, réunion avec le CDA et vendredi, je rencontre notre nouvelle sélection d’apprentis!
 
 
Dimanche 20 novembre – 15h45

L’avion ayant une heure trente de retard à son arrivée à Cotonou, elle s’est donc posé aussi en retard à Nairobi où j’étais supposé faire une simple escale de deux heures. Toutefois, le sort en a voulu autrement et j’ai raté le départ pour Madagascar. Prochain vol, le lendemain soir à 22h15! Je suis donc resté toute la fin de semaine à Nairobi, aux frais de la compagnie aérienne et dans un 5 étoiles en plus, où j’en ai profité pour relaxer un peu avant la prochaine semaine.

Ainsi, je suis arrivé à l’hôtel à midi hier, où j’ai tenté pendant quelques heures de régler mon arrivée avec Kaja, le chargé de projet de CSF à Madagascar qui devait me prendre à l’aéroport. Pour une raison qui m'échappe, je n’ai pas été capable de placer un seul coup de téléphone depuis que je suis en Afrique et c’est finalement Thémis, à partir de Montréal, qui a réussi à joindre Kaja après avoir reçu mon courriel d’au secours. Tout étant rentré dans l’ordre, j’ai fait un peu de ménage dans mes affaires et suis allé souper avec un Burkinabé qui travaille pour le Fonds international pour le développement de l'agriculture (FIDA-ONU), et qui doit lui aussi se rendre à Madagascar en mission cette semaine. Je me suis aussi organisé un safari-photo dans le parc national de Nairobi, un endroit exceptionnel situé à seulement quelques kilomètres du centre-ville. Tellement près qu’on photographie les girafes avec les immeubles en arrière-plan…

Puisque je n’avais pas de caméra (nous utilisions celle de CSF-Bénin depuis le début), je suis passé en soirée au Nakumatt, le Wal-Mart du Kenya. J’ai été étonné des prix ici, qui sont franchement comparables à ce que l’on trouve au Canada… En fait, depuis mon arrivée, je n’arrête pas de penser que Nairobi est bien différente de la conception des villes africaines que nous pouvons avoir. Mon ami burkinabé m’a d’ailleurs indiqué que Nairobi était petite comparée à Abidjan, en Côte-d’Ivoire ou Accra, au Ghana. Quand on se promène au centre-ville ici, on a franchement l’impression d’être dans une quelconque ville occidentale, aux accents vaguement britanniques. Rien qui laisse présager des lions sauvages en liberté à quelques minutes de là… En tout cas, l’Afrique est manifestement une terre de contraste et n’a rien d’homogène!

Nous avons quitté l’hôtel ce matin à 7h00 pour aller voir les animaux du parc. C’était capotant! Quelques minutes seulement après notre arrivée, in lion a surgi de la forêt avec un air désinvolte et est venu marcher paisiblement à quelques centimètres seulement de notre véhicule d’observation. J’aurais franchement pu lui donner à manger; mais je me suis retenu! Toute la matinée, nous avons pu observer les animaux dans la savane, qui sont tous là en totale liberté. Il semble que le parc ait seulement été clôturé pour éviter que les animaux ne passent sur la route. Ils résident dans le parc depuis toujours, et personne ne les nourrit. C’est vraiment délirant de pouvoir des bêtes sauvages d’aussi près!

Nous sommes revenus du safari à midi après avoir passé une heure sur les routes congestionnées de la ville. Ouf, la circulation est dense ici! Aussi, après avoir dîné au buffet de l’hôtel (saumon fumé, gigot de chèvre rôti, brochette de poulet au cari!), j’ai tenté d’aller faire quelques emplettes au marché Maasaï, à quelques pas d’ici. J’ai toutefois dû abandonner, puisque cinq « brokers » m’ont carrément assailli afin de négocier mes achats pour moi. Ne pouvant d’aucune façon me débarasser d’eux (ils sont vraiment tenaces les p’tits maudits), je suis seulement revenu à l’hôtel prendre une douche. Sans être parano, Nairobi a la réputation d’être une ville passablement dangereuse et les attaques de touristes ne sont pas rares. Pas le genre de place où c’est une bonne idée de sortir son portefeuille lorsque 5 « twits » t’entourent pour essayer de te vendre n’importe quoi. Bon, je me reprendrai à l’aéroport, qui est pas mal plus garni en boutiques que Charles-de-Gaulle à Paris!

J’ai terminé l’après-midi en révisant mes notes sur l’école d’Antananarivo. Il y a apparemment beaucoup à faire là-bas; je n’ai même pas l’impression qu’une organisation a été formée pour gérer CSF-Madagascar et Kaja est présentement plus ou moins notre seul contact sur place. Sans le CDA, un centre de formation professionnel destiné aux jeunes pauvres de la capitale et partenaire de CSF, nos formations n’auraient simplement jamais eu lieu. Je passe les deux prochains jours là-bas, je serai donc en mesure de faire un compte-rendu plus détaillé de ce qui s’y passe dans les jours à venir.

Allez, en route vers Madagascar!!!
 
 
Samedi 19 novembre - 19h38
Je suis présentement en transit au Kenya pour deux jours. Les joies des compagnies aériennes africaines! Je pars donc demain faire un safari-photo, histoire de passer le temps, avant mon vol pour Madagascar... Je posterai des photos demain à mon retour! En passant, Nairobi est une ville très moderne, surtout si on la compare à Cotonou. Plus de détails demain! Je prends congé pour la soirée! 
 
 
Samedi 19 novembre - 18h32

Jeudi, j’ai tenu à dire au revoir aux étudiants avant mon départ de Glazoué. J’en ai aussi profité pour saluer Baccous et je me suis rendu à l’école remercier tout le monde et faire quelques dernières photographies. J’ai embrassé Rhode, puis nous avons repris la route pour Cotonou. Fait à noter, j’appris que Rhode était maintenant enceinte et qu’il faudra probablement la remplacer pour la prochaine formation. Daniel m’a dit qu’il ne devrait pas y avoir de problème mais je n’ai pu m’empêcher de penser que Rhode n’aura pas de revenus pendant ce temps-là.

Nous avons attrapé Didier et sommes partis en taxi-brousse jusqu’à Bohicon où nous avons rencontré les responsables de l’hôtel DECA. Ils avaient déjà pris des stagiaires l’an passé et étaient enchanté de recommencer l’expérience à nouveau cette année. J’aime ça comme ça!

Nous avons ensuite pris l’autobus pour Cotonou, non sans avoir finalement mis la main sur une cuisse d’agouti BBQ! À part de l’allure grotesque du morceau de viande, sur laquelle on avait laissé les griffes, c’était finalement assez banal. Rien pour en servir dans une Cage aux sports! La route était passablement cahoteuse, et il faudra me rappeler mon voyage ici lorsque je critiquerai les routes québécoises. L’enfer! Nous sommes arrivés à 14h00 à Cotonou, puis sommes passés chez elle chercher Fali, l’étudiante en communications, avant de nous rendre aux Délices d’Andreas, un restaurant-pâtisserie plutôt chic où là aussi nous avons vendu l’idée de prendre un de nos stagiaires. Le responsable ne semblait pas être là, et nous sommes repartis sans confirmation officielle de quoi que ce soit.

Je me suis pris un hôtel près du stade de l’Amitié dans l’espoir de trouver un accès internet mais finalement le cyber café situé à côté m’a donné plus de fil à retordre que d’autre chose. J’ai eu difficilement accès et, condamné à utiliser un clavier français où toutes les touches sont dans le désordre, j’ai dû me résigner à rentrer sans avoir pu faire grand-chose. J’ai au moins réussi à parler à me bien-aimée pour la première fois depuis mon départ, une grande satisfaction après une semaine bien chargée.

Vendredi, nous nous sommes rencontrés à 9h00 pour établir un plan de match mais avons dû faire face à bien plus grand que nous : la visite du pape Benoit XVI à Cotonou! Beaucoup de rues avaient été barrées et les transports se sont avérés compliqués toute la journée. En plus, la journée avait été décrétée fériée et la moitié des institutions étaient fermées. À tout le moins, nous avons eu une discussion très instructive avec la directrice commerciale de l’hôtel du Port qui nous a confirmé d’entrée de jeu qu’elle allait prendre 2 étudiants. Elle a dit ne pas avoir eu de problèmes l’an passé et voulait sans contredit répéter l’expérience. Elle nous a par ailleurs parlé d’un projet qu’elle voulait mettre en place avec d’autres hôteliers de Cotonou afin de pourvoir à la grande pénurie de main d’œuvre qualifiée dans le secteur. Elle nous a confirmé ce que j’ai entendu souvent ici, soit que les écoles hôtelières de la ville ne sont pas à la hauteur des attentes. Elle veut par conséquent mettre sur place un programme privé de formation, dans lequel elle voudrait peut-être voir CSF s’impliquer. Elle recherche clairement des formateurs à la hauteur et pensait pouvoir peut-être profiter des formateurs CSF.

Bien que nous soyons tout à fait opposés à financer des formations au bénéfice du secteur privé, nous avons convenu suite à la rencontre qu’il serait peut-être possible de trouver des formateurs canadiens prêts à venir ici pour aider les hôteliers de la région. En échange de notre aide, les hôteliers, qui devraient d’ailleurs payer ces formateurs, pourraient s’engager à libérer les formateurs pendant quelques semaines, histoire qu’ils aillent passer 2 ou 3 semaines à Glazoué aider Rhode et Daniel avec nos propres formations. Un genre de marché qui pourrait convenir à tout le monde, et qui nous ôterait une pression financière vu les charges importantes reliées au fait de faire venir quelqu’un ici. C’est sûr que des gens comme Frédéric, qui ont de l’expérience mais aussi prêts à donner plusieurs semaines de leur temps de façon tout à fait bénévole, ça ne se trouve pas partout. On pourra voir à ce nouveau projet une fois que je serai revenu, et la directrice commerciale nous fera parvenir sous peu la documentation qu’elle a déjà montée à ce sujet.

Nous avons ensuite décidé de remettre à un autre jour notre visite à Porto-Novo puisque les responsables étaient absents. Nous avons choisi de passer l’après-midi avec Dominique et Maxime, de chez Oxfam-Québec, afin de voir s’il y avait possibilité d’une collaboration entre nos deux organismes. J’en retiens que CSF-Bénin est encore trop jeune pour pouvoir rencontrer les critères d’Oxfam quant à la formation d’un partenariat officiel. Toutefois, et je crois que Daniel et Cyrille ont été enchantés de ces réponses, Oxfam était bien ouvert à mettre CSF-Bénin en contact avec ses autres partenaires et relations. J’ai laissé Cyrille et Daniel prendre l’initiative des discussions, et il semble que cette collaboration naissante puisse se développer de façon solide au cours des prochaines années si tout va bien. Je dois dire que le hasard fait bien les choses : je n’avais aucune intention d’approcher Dominique et Maxime pour nos projets à mon arrivée, ne sachant d’ailleurs même pas qu’il y avait là une telle possibilité. Ici, tout est question de contacts, et ceux-là seront à mon avis bien précieux pour CSF-Bénin après mon départ.

Nous avons terminé la soirée directement sur la terrasse de Maxime et Dominique, qui offre une vue splendide sur le Golfe de Guinée. Tout le monde est venu nous rejoindre et nous avons pu célébrer la fin de cette mission au Bénin autour d’un verre de cidre de glace apporté pour l’occasion. Benoit XVI serait fier de ce qu’on a fait ici. ;)

Je suis ensuite parti à l’aéroport pour la deuxième partie de ma mission, à Madagascar, après des au revoir bien sentis. Vraiment, le Bénin va ma manquer; je commençais à me sentir chez moi dans la frénésie complètement étourdissante de cette ville folle!
 

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