Les rizières de Tana 11/24/2011
Lundi 21 novembre 2011 – 20h09 Je suis arrivé 2 heures en retard à Antananarivo (Tana pour les intimes), gracieuseté d’une pluie de mousson sévissant à Nairobi. Il était donc près de 3 heures du matin lorsque mon vol a atterri en sol malgache. Fidèle au poste, Kajä m’attendait à l’aéroport; décidément, il en aura eu pour son argent à attendre mon arrivée cette dernière semaine! Kajä m’a conduit dans la maison familiale de Thémis, où je coucherai cette semaine. Woah, une belle maison! Seule déception, la grande villa est presque vide, n’étant habitée que par la nièce de Thémis vivant au rez-de-chaussée. Je n’ai pas trop eu le temps de lui parler, et la nièce en question me semble bien discrète! Tout de même, ça me donnera l’occasion de me concentrer sur CSF-Madagascar, vu d’ailleurs le peu de temps que je passerai ici. Ce matin, Kajä est passé me chercher et nous avons eu une discussion très instructive sur notre école ici. La sélection est terminée et les cours commencent lundi prochain. Une excellente nouvelle : un des formateurs qui a été retenu a lui-même été un de nos étudiants ici à Tana! Après son passage avec nous, il a même reçu une bourse pour étudier en France. On est hot! Comme je l’ai dit précédemment, nos formations à Tana sont données en collaboration avec le CDA, soit le centre de développement d’Antohatapenaka. Ce centre situé dans un quartier pauvre de la capitale sert une clientèle démunie, quartier où nous puisons d’ailleurs l’ensemble de nos étudiants. Aux dires mêmes de Kajä, ces jeunes vivent dans une pauvreté hallucinante, même quand on les compare au reste des habitants de Tana. J’ai bien l’impression que ça va être un choc. Comme je l’avais prédit, aucune organisation n’est en place ici pour s’occuper exclusivement de nos formations et de nos intérêts. Le CDA nous sert plutôt de fiduciaire pour gérer les fonds, que nous déposons directement dans leur compte bancaire. Le CDA dispose depuis longtemps d’une solide réputation, ayant d’ailleurs été fondé par un québécois, le père Jacques Couture. Celui-là même qui était jadis ministre pour le PQ de René Lévesque. Notre association avec le CDA se résume à ceci : le CDA fournit les locaux pour la formation et s’occupe de leur entretien; ils nous aident à choisir les étudiants; ils gèrent conjointement les fonds déposés dans le compte. Pour notre part, par l’intermédiaire de Kajä, nous choisissons le formateur, gérons conjointement les fonds, et dispensons la formation. Tous les frais de formation sont à notre charge. Kajä m’a fait remarquer que cette association posait parfois problème, puisque les sorties de fonds sont plus ou moins contrôlées par le CDA; conséquemment, Kajä peine parfois à retirer les fonds nécessaires en temps utile, vu que le CDA exige beaucoup de formalité en ce sens. Lors de la formation en cuisine d’urgence que nous avons donnée en 2009, tout de suite après le coup d’état militaire, le problème semblait particulièrement aigu, et notre formateur canadien Jacques Gouillard semble en avoir bavé. Mais bon, ceux qui connaissent Jacques ne seront pas trop surpris… ;) Comme je l’ai expliqué à Kajä, je crois que l’avenue idéale serait de former une association indépendante comme celle que j’ai pu voir au Bénin, avec son propre conseil d’administration et son propre compte bancaire. Pour une raison un peu floue, il semble que l’idée ait toujours été présente mais que rien n’a été fait en ce sens. J’ai donc officiellement mandaté Kajä de s’en charger, et il m’a indiqué être en mesure de faire ça rapidement. Pour l’aider un peu, je lui ai promis que je m’occuperais de mettre en ligne une page Facebook CSF-Madagascar, qu’il pourra mettre à jour à sa guise et sur laquelle il pourra mettre en ligne des nouvelles et des photos des opérations sur le terrain. C’est d’ailleurs chose faite, je suis passé au cyber (un café internet sans café) et j’ai mis en ligne une version beta de la page. Ne restera qu’à la renflouer au cours des prochains mois. Kajä m’a dit posséder une connexion internet fiable; reste à voir les résultats! Je suis d’avis que même ce geste simple facilitera la compréhension de la structure de CSF « international » et à bien cristalliser l’indépendance de nos filiales. J’en arrive ici à un commentaire éditorial sur la pauvreté qui sévit ici, ainsi que celle que j’ai pu voir au Kenya et au Bénin. Depuis le début de mon voyage, je suis fasciné non pas par la pauvreté que je côtoie, mais plutôt par la richesse qu’on exhibe partout en Afrique. Toutes les villes que j’ai visitées, exception faite de Glazoué, débordent de 4X4 et de Mercedes neuves. Ce soir, je suis allé acheter de la bière dans un supermarché aussi grand qu’un Loblaws. Hier, j’ai mangé du saumon fumé dans un hôtel 5 étoiles. Le palais présidentiel à Cotonou est encore plus grand que la Maison-Blanche, malgré que le PIB du Bénin doive être de un millionième de celui des États-Unis. Les terres béninoises sont incroyablement fertiles; mon oncle Yvon aurait rêvé de telles terres dans son patelin à Ham-Nord! Tout ce que j’ai vu ici est à des années-lumière de Vision mondiale et des fameuses images de famine éthiopienne. Ainsi, la pauvreté en Afrique n’a rien à voir avec le manque de richesse. C’est le plutôt le manque de redistribution qui pose problème. Il est donc évident qu’à mon sens les élites des pays en voie de développement devront tôt ou tard eux-mêmes s’attaquer à la pauvreté qui rongent leur pays. Je propose d’organiser des soupers spaghettis ici en Afrique; on ferait la piassse! Mais revenons à Tana! Cette ville magnifique au cœur de laquelle on trouve de grandes rizières est dispersée sur plusieurs collines escarpées. Ça donne un charme exotique à l’endroit! Ça m’a fait vaguement penser à San Francisco, le tramway en moins. Les rues sont étroites et bordées de belles maisons à 2 étages disposant à peu près toutes d’une véranda au deuxième. Il y a un trafic fou, exacerbé par l’étroitesse des rues. Je le dis aujourd’hui officiellement : Tana est une des trois plus belles villes que j’ai visitées dans ma vie. La ville est difficile à décrire, sinon qu’elle est… malgache! Kajä m’a emmené manger cet après-midi dans un resto bien sympathique, où nous avons mangé des plats typiquement locaux : porc aux feuilles de manioc, porc aux haricots et viande de… zébu! Franchement, le zébu, c’est pas mal bon; un peu plus gras que le bœuf, avec un p’tit goût particulier et bien agréable! Le porc au manioc aussi : je devrai demander la recette à Thémis à mon retour. Je suis revenu à la maison en après-midi faire une sieste, après avoir convenu d’un horaire de la semaine avec Kajä mais surtout après avoir parlé à Michou qui m’attend mercredi à Mahajanga. J’ai bien hâte de la revoir! En soirée, je suis sorti faire quelques courses et j’ai passé une heure au cyber. Et je termine maintenant cette entrée au blogue en savourant du rhum local « Magoustan » et en écoutant « La balade des Dalton » sur un vieux VHS. Décidément, la vie est trop bonne avec moi. Demain, réunion avec le CDA et vendredi, je rencontre notre nouvelle sélection d’apprentis! CommentsRybe 11/24/2011 11:49
Ça m'émeut tellement que je n'ai rien à dire.... Leave a Reply |
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