Mahajanga 11/26/2011
 
Vendredi 25 novembre 2011 – 6h49

Je suis arrivé à Mahajanga à 21h00, où Michou et son mari m’attendaient impatiemment. Quelle ville superbe! Mahajanga est une ville très touristique située directement sur le canal de Mozambique. Il y fait en général très chaud, et j’ai eu la chance d’arriver en pleine saison des mangues! D’ailleurs, un manguier, ça peut être grand en titi! Lorsqu’elles sont mûres, les mangues se décrochent de l’arbre et viennent s’écraser sur la chaussée. J’ai failli être tué au moins dix fois en deux jours. Mais bon, quelles mangues! Je tente le tout pour le tout, et essaierai d’en ramener au moins une à ma bien-aimée. Elle va capoter. Au pire, j’offrirai un peu de bonheur au douanier à Pierre-Elliott-Trudeau.

Michou m’a fait faire le tour de Mahajanga où j’ai pu voir le bord de la mer ainsi que le baobab géant des amoureux, un des symboles de la ville. Michou m’a dit que si on en fait le tour 7 fois, c’est certain qu’on va revenir. Paraît que René-Yves l’a fait à la course! Après notre ballade, nous sommes allés manger dans un espèce de diner où on sert des milkshakes, de la pizza et des plats malgaches. Toujours surréaliste de trouver un tel truc dans les confins de l’Océan Indien. J’ai aussi pu y faire connaissance avec l’une des plaies du tiers-monde : les touristes sexuels. Partout à Mahanjanga se promènent de vieux conards occidentaux, en moyenne dans la fin cinquantaine, avec des filles malgaches qui ont rarement l’âge de leurs propres filles. Ils trimbalent les filles comme des hommes des cavernes, manifestement fiers de leurs prises. Ils se tiennent toujours ensemble, dans les mêmes restos et les mêmes bars, et célèbrent leur virilité en exhibant leurs bédaines bien grasses. Ici, pour 50 touristes, il doit bien y avoir 45 hommes. Michou m’a confié que certains touristes venaient à Mahajanga tourner des vidéos pornos, souvent à l’insu des filles concernées. Du grand art; celui d’exploiter la misère des autres.

Sur une note beaqucoup plus positive, je suis parti hier déjeuner avec Michou puis nous nous sommes rendus voir Alinah, qui travaille depuis la fin de sa formation en 2006 au Piscine Hôtel. Cuisiniers sans Frontières avait à l’époque défrayé les coûts d’une opération médicale pour qu’Alinah puisse retrouver la vue, elle qui ne voyait presque rien. L’opération a valu le coup : Alinah n’a jamais cessé de travailler depuis et son patron nous a répété plusieurs fois qu’elle était une de ses meilleures employées! Ce sont des histoires comme ça qui me motivent! Si les étudiants peuvent  repayer une partie de leur formation, je trouve qu’il s’agit là de la meilleure façon! Par la suite, nous sommes allés voir une autre étudiante, Far, qui elle aussi travaille encore depuis la fin de sa formation dans un petit resto- bar, et manifestement elle s’en sort très bien.

Avant le dîner, j’ai pu rencontrer la directrice de l’École des métiers du tourisme et de l’hôtellerie (EMTH) avec qui j’ai échangé un peu sur l’avenir de nos formations à Mahajanga. Premier constat, elle ne déborde pas d’enthousiasme! Le pire, c’est que Michou m’a dit par la suite qu’elle l’avait trouvée particulièrement ouverte, si on compare à ses discussions avec Thémis. Ouf…  Mais bon, elle m’a surtout expliquée que l’idée de payer les étudiants pendant leur formation (nous leur donnons 1$ CAD par jour) les rendaient dépendants, et que beaucoup d’entre eux venaient ensuite à l’école dans le seul but d’obtenir de l’argent. Elle était particulièrement effarouchée du fait qu’une ONG allemande soit débarquée à Mahajanga et offre maintenant des formations payées à plus de 500 étudiants. Il semble que l’ONG en question ne fasse pas grand suivi et qu’ils payent les étudiants même s’ils ne se présentent pas à l’école…  Michou semblait d’accord sur le fond et nous avons convenu de revoir la forme des indemnisations, afin de s’assurer que nos étudiants suivent les formations avec la motivation requise.

Après le dîner, nous avons rencontré une dizaine d’anciens étudiants qui m’ont parlé de ce qu’ils étaient devenus depuis leurs formations en 2006 et 2007. Il faut dire que Michou m’avait déjà parlé et elle a exprimé plusieurs soucis quant au manque d’enthousiasme qu’affichent les anciens. Elle m’a dit que plusieurs se plaignent de ne pas trouver de boulot alors même qu’ils refusent ce qu’elle leur trouve, prétextant soit ne pas vouloir déménager ailleurs qu’à Mahajanga ou encore n’y restant que quelques jours. Évidemment, ceux qui sont venus me voir jeudi n’étaient pas de ceux-là; sur les 10 qui étaient là, seulement Marcel cherchait du boulot.

J’ai donc remis un peu les pendules à l’heure avec tout le monde et leur ai expliqué que cinq ans après leur formation, Michou était encore là pour leur offrir de l’aide et que nous leur avions beaucoup donné jusqu’à présent. Puisqu’il n’y aura pas de formation à Mahajanga avant au moins l’automne, j’ai convenu avec eux que Michou continueraient à travailler pour eux. Toutefois, terminées les vacances : s’ils n’acceptent pas les jobs que Michou trouvent, et s’ils ne donnent plus de nouvelles, Michou cessera simplement de faire le suivi. Avec les prochaines formations, Michou aura certainement d’autres chats à fouetter et n’aura plus le temps de courir après eux.

Je leur ai aussi rappelé qu’en tant qu’étudiants de nos deux premières formations, ils étaient en quelque sorte les ambassadeurs de CSF. C’est eux que l’on voit dans le film de Philippe Lavalette, Chef Thémis, cuisinier sans frontières, et je leur ai rappelé qu’ils étaient maintenant des stars internationales connues dans le monde entier (j’en ai mis un peu, mais à peine!).  Sans en avoir nécessairement la responsabilité, ils ont inspiré plusieurs personnes et leurs histoire nous servent aujourd’hui non seulement au financement de CSF mais aussi pour inspirer les nouvelles cohortes. Je crois qu’ils ont bien compris mon intervention, et Michou avait l’air ravie d’avoir un peu de support.

En fin d’après-midi, nous sommes allés voir un hôtelier de Mahajanga (au Tropicana) qui semblait avoir eu des problèmes avec nos étudiants et qui ne les avaient pas gardés. On a longuement parlé de resserrer la sélection des prochains étudiants mais j’ai tout de même perçu un certain manque de la part même des employeurs que j’ai rencontré tout au long de mon voyage. Ceux-ci ouvrent des restaurants et des hôtels aux standards européens et s’attendent à ce que les écoles d’hôtellerie nationales leur fournissent une main d’œuvre qualifiée aussitôt sortie de l’école. Toutefois, les étudiants malgaches ou béninois n’ont pour la plupart jamais été en contact avec ce type d’institutions ; ils ne savent donc tout simplement pas comment ça fonctionne. Par exemple, on demande aux nouveaux diplômés de connaître des recettes de sauce bordelaise ou de cuire des filets mignons, alors qu’ils n’en ont jamais vu de leur vie! À mon avis, c’est aux patrons de les former pour ce qu’ils veulent et de leur montrer les recettes et les techniques nécessaires. Comment un jeune béninois qui n’a mangé seulement que de l’igname pilée dans sa vie peut-il savoir comment parer un carré d’agneau comme ils le font en France? Je comprends qu’ils doivent connaître la base, mais les patrons sont plus que sévères et se plaignent de l’incompétence des recrues. À mon avis, les patrons doivent prendre leurs responsabilités et offrir eux aussi des compléments de formation, et surtout en assumer les coûts et les désagréments. Mais la question que je me pose est celle-ci : pourquoi un restaurant de Mahajanga sert-il de l’agneau sauce bordelaise en premier lieu? Qui va à Madagascar pour ça? En plus, si on prend en compte que plusieurs hôteliers et restaurateurs de Mahajanga sont des retraités européens venus passer leurs vieux jours au soleil, et qu’il y en a pas mal qui ne connaissaient pas grand chose à la restauration avant de s’établir ici, on peut seulement comprendre les problèmes de main d’œuvre que peut connaître l’industrie.

Après une petite « saucette » dans le canal du Mozambique, j’ai terminé la soirée avec Michou et sa famille tout près du baobab des amoureux sur le bord de mer à manger des brochettes de zébu. Une autre soirée géniale, mais qui m’annonçait doucement que mon voyage tire à sa fin… 

Demain, dernière journée; je rentre à
 tana et rencontre la toute dernière cihorte qui commence en formation lundi!
 


Comments

Rybe
11/26/2011 16:38

En ce qui a trait au tourisme sexuel; tu l'as remarqué parce que Mahajanga est une petite ville. Et tu n'as pas encore vu Nosy Be... À Tana, ça marche à plein mais, comme la ville est grande; ça se remarque peu.
Saches aussi qu'au Benin ou en Guinée et, en fait, partout où il y a de la grande pauvreté; ça fonctionne.
Faire le salaire d'un mois en une seule soirée: avoue que c'est pas toujours facile de résister pour les filles.
Comme disait Thémis, la prostitution ce n'est pas une affaire de pauvres:c'est une affaire de riches.
Ceci dit, je te tente pas de minimiser le phénomène

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Alain à Mahajanga
11/26/2011 16:53

C'est l'attitude qui m'énerve bien plus que le geste. À Mahajanga, les gars ne se cachent pas; au contraire, ils s'affichent très fièrement. Ils vivent un "lifestyle", en toute impunité.
J'ai vu un peu la même chose en vacances à Cuba; et je n'ai rien vu de tel au Bénin.

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